QUAND LE CORPS ET L’ESPRIT SE REBELLENT.

QUAND LE CORPS ET L’ESPRIT SE REBELLENT.

avril 4, 2018 2 Par dopetonmental

La fatigue, déclencheur de stress

J’étais une personne gaie, joyeuse, enjouée, insouciante. Et puis un jour, mon corps et mon esprit se sont rebellés jusqu’au stress post-traumatique…

Je suis une épouse amoureuse depuis 2008 et une maman dévouée et aimante de trois merveilleux enfants depuis 2009.

J’ai également des parents très aimants et aidants. Mes beaux-parents sont également adorables.

Décembre 2017. Une profonde fatigue m’enfonce sous terre depuis des années… Un trou noir sans fond m’aspire… Mon corps et mon esprit vont se rebeller comme jamais…

Le manque de sommeil

2009. Notre premier enfant naît après un accouchement déclenché extrêmement douloureux et long. Dès sa naissance, il me scrute avec ses yeux bleus venus d’une autre planète. Son regard est révélateur d’une intensité émotionnelle profonde.

Il pleure beaucoup et ne dort jamais comme si le sommeil lui faisait déjà perdre un temps précieux. Il a un besoin d’un contact corporel insatiable. C’est un bébé éveillé et réveillé. Nous sommes épuisés par la quinzaine de réveils et les balades nocturnes dans notre salon. Il finit par faire sa première nuit à trois ans et demi grâce à une dose homéopathique…

Je l’allaite sans cesse jusqu’à ses 6 mois. Je suis fatiguée. Je ne sors plus de la maison en semaine. Le seul moment où je peux « souffler » est lorsque je vais faire les courses le samedi matin au supermarché. Malheureusement, je dois les faire au pas de course car mon mari m’appelle rapidement: notre fils hurle et réclame sa rasade.

Il a soif de tout, soif de vivre avec une intensité folle, soif d’apprendre, soif de comprendre, soif de bouger.

L’angoisse de l’hôpital

A partir de ses 5 mois, de gros ennuis de santé l’ont fait beaucoup souffrir physiquement. Je ressens ses souffrances physiques et j’ai peur. A l’hôpital, le personnel me demande l’inconcevable. Le tenir pour lui faire des piqûres: il me regarde avec ses yeux effrayés et ne comprend pas pourquoi moi qui l’aime tant, le tient. Je dois aussi rester debout 48h avec lui dans les bras, le mettre nu dans une salle de bain glauque à 2h du matin pour le piquer des dizaines de fois sans succès. Souffrance. Peur. Tristesse. Je me suis battue, parfois même contre les médecins, pour lui sauver la vie.

Et puis il s’en est sorti. Car c’est une force de la nature. Un gentil, qui masque son hypersensibilité par des réactions assez brusques parfois. Un trésor au mental d’acier, au courage inégalable et passionné.

La peur de la mort

Un merveilleux cadeau

2013. Le début du mois de décembre a été difficile avec une paralysie faciale a frigore qui est apparue brusquement.

Je ne la sens plus bouger dans mon ventre depuis 24 heures. On déclenche l’accouchement et il me tarde de faire connaissance avec ce nouveau petit visage.

Dans la nuit du 23 au 24 décembre, je reçois donc un merveilleux cadeau de Noel: une petite fille naît et se blottit dans mes bras.

Elle dort, mange et boit bien. Elle pose sa petite tête sur mon épaule et me montre déjà tout son Amour. C’est un ange aux traits doux et apaisés.

Notre fils vit cette naissance très durement. Son comportement est agressif. Je suis très attristée mais je prends sur moi comme lui.

Une période cauchemardesque

Deux jours après mon retour à la maison, je sens un léger mal de tête et quelques picotements. Une sage femme m’annonce 20 de tension.

Un sentiment d’abandon

Je retourne à la clinique. C’est un déchirement. Je laisse mon bébé et mon fils avec mon mari. Dans la salle d’attente, un étau se resserre de plus en plus autour de ma tête. Mon cou tire mon crâne vers le bas. Je ne peux plus le bouger. On m’hospitalise à nouveau.

Je suis seule le soir du 31 décembre dans cette chambre aux murs jaunâtres sans ma famille. Mon mari ne m’appelle pas pour prendre de mes nouvelles ni me donner des leurs. Je me sens abandonnée. J’ai peur. Je suis triste. Je pleure énormément en pensant à mes enfants.

Le lendemain, on m’autorise à rentrer. C’est un grand soulagement car je voulais revoir ma famille et les serrer dans mes bras.

Une souffrance terrible

Je souffre terriblement. Je veux me péter la tête sur les murs tellement j’ai mal, mais je tiens pour mes enfants. J’encaisse la douleur.

Je suis reçue deux jours après mon retour à la maison par un médecin généraliste. Prise de sang: inflammation. J’ai la paupière droite qui tombe et une cervicalgie qui contracte tout le haut de mon corps. Je ne bouge plus mon cou. Il m’envoie faire une IRM cérébrale 3 semaines après. Il me dit: probable dissection de la carotide et possibilité de faire un AVC à tout moment.

Les jours passent. Je mets un point d’honneur à m’occuper de mon fils aîné et de mon bébé. Tous les repas, les trajets à l’école quatre fois par jour, le bain, le jeu…

La prise de conscience de la vie

J’ai peur. Je prends conscience de ma vie. Je m’endors avec le crâne dans un étau. Je pense à la mort et à tout ce que je vais laisser à mes enfants et mon mari. Un bazar énorme sur mon bureau. Des souvenirs, de la paperasse qui traîne, des trucs divers et variés qu’ils trouveront à mon décès. La douleur m’empêche de ranger mes affaires. Quel souvenir auront-ils de moi si je venais à disparaître? J’ai honte et je m’en veux de m’être laissée aller à tant d’insouciance. On se dit toujours que l’on fera les choses demain. Mais y aura-t-il seulement un demain?

La peur de la mort

Je pense à la mort toutes les nuits car c’est ce qu’on m’a annoncé comme probabilité. Je ne le dis à personne. Je m’endors dans notre lit à côté de mon mari qui se réveille plus tôt que moi. Verra-t-il que je ne suis plus? Je dors aussi avec ma petite fille la nuit pour les biberons. Aura-t-elle le souvenir du visage de sa mère et de tout l’amour que je lui porte? Le soir, je m’allonge aussi à côté de mon fils dans sa chambre pour passer plus de temps avec lui et lui montrer que mon amour est intact. Quel enfant et quel jeune homme deviendra-t-il plus tard? J’ai l’angoisse profonde qu’on me retrouve morte et que je ne puisse pas m’occuper d’eux.

Je ne parle à personne de cette angoisse, mais quand je vois les gens que j’aime, j’agis comme si c’était la dernière fois.

Un profond soulagement

Mon obstétricien me reçoit avec compassion 3 jours après. Il m’a un rdv pour une IRM cérébrale l’après-midi même. Je saurai, dans quelques heures, si mon cerveau subira des dommages ou s’il y a bien dissection de la carotide.

Il n’y a rien. Je souffle et j’émets l’hypothèse d’une brèche lors de la péridurale. L’anésthésiste qui me reçoit quelques jours plus tard le confirme. Je refuse de repasser sur le billard pour faire un blood patch pouvant limiter mes souffrances.

Et j’attends. Au bout de quatre mois de douleur, je vois le bout du tunnel.

2014. S’ensuivent ensuite pour ma petite fille des problèmes de santé identique à ceux de notre aîné, et de nombreux allers et venues à l’hôpital.

Le début des signes de stress

Puis je chute dans l’escalier contre un radiateur sans gravité. J’ai de la chance. Deux fractures de fatigue font gonfler mon pied gauche tout l’été. J’ai du mal à marcher, à repasser, faire les courses…

2016. Notre troisième enfant va naître. Je prends des cours d’auto hypnose pour accoucher sans péridurale. J’ai trop peur de cette satanée péridurale. Je découvre les bienfaits de cette pratique où nous sommes plongés dans un état de sommeil conscient.

Notre fils naît le 24 mai après un déclenchement et un travail très long. En soirée, je commence à être fatiguée et la douleur devient très violente. Je craque pour la péridurale au dernier moment. Je m’en veux mais c’est insupportable. Un petit oisillon doux et mignon voit le jour.

Très éveillé et respirant la gentillesse, ce petit bébé est un cadeau du ciel.

La mémoire du corps

Cinq jours après je suis hospitalisée de nouveau pour hypertension par précaution. Je suis de nouveau seule sans ma famille et je revis la même angoisse de la brèche et de l’écoulement de liquide céphalo rachidien comme la première fois. Les maux de tête arrivent mais pas d’étau. Mon corps a seulement parlé pour que je n’oublie pas…

Notre bébé connaît les mêmes ennuis de santé que les deux autres mais ça se passe mieux…

Quand l’esprit bascule

2017. Fin septembre, par un bel après-midi ensoleillé, je récupère mon aîné à l’anniversaire d’un copain. Nous traversons la route en courant. Son pied touche le mien. Je termine ma course sur la voie dans un choc très violent. Heureusement pas de voiture. Je vois mon fils à côté de la voiture. Je hurle de douleur. Je me suis enfoncée quelque chose dans le ventre. Je ne peux plus me relever. Je force, je force car je veux ramener mon fils à la maison. Je parviens à me relever, à me hisser jusqu’à la voiture. Je tremble avec le choc mais je parviens à conduire pliée en deux. L’important pour moi à cet instant là est de ramener mon fils à la maison. Je ne peux pas le laisser seul dans la rue.

Une ambulance vient me chercher. Le médecin des urgences me fait part de ses craintes : peut être une hémorragie interne. Finalement, j’ai de la chance. Une fois de plus. Je me suis enfoncée les côtes flottantes dans le ventre. Je récupère quelques jours plus tard.

Le corps et l’esprit se rebellent

Octobre. Un problème au pied gauche apparaît. Je ne pose plus mon pied par terre depuis sans prendre un anti-douleur plusieurs fois par jour.

Novembre. Je commence à sombrer dans un gros stress. Je ne supporte plus le bruit. Le moindre bruit me fait mal et m’énerve. Le désordre aussi m’insupporte. Les mouvements des autres également. Je vis un stress visuel et auditif intense. J’ai l’impression que tout le stress des évènements de ces dernières années ressort comme après un trauma. Je n’ai plus goût à rien.

Décembre. Mon sourire n’est plus qu’une façade. Je tombe dans un trou noir sans fond, seule et en silence, sans que personne ne s’en rende compte, sans savoir comment en sortir.

2018. C’est en janvier qu’une rencontre va changer ma vie.

Pour en savoir plus sur le stress post-traumatique, vous pouvez consulter cet excellent article de la revue Pyschologies.com.

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